Après une saison 2024/25 particulièrement difficile, marquée par la fin de son partenariat historique avec Cargill, Telcar Cacao signe un spectaculaire retour au sommet du classement des exportateurs camerounais de cacao.
Cette performance marque un net redressement après une campagne 2024/25 particulièrement éprouvante. Les volumes exportés par Telcar avaient alors chuté de 53 %, pour s’établir à seulement 31 029 tonnes. Une contre-performance historique qui mettait fin à cinq années consécutives de domination de l’entreprise sur le marché national des exportations.
À l’origine de cette rupture de trajectoire : la fin, en janvier 2025, d’un partenariat stratégique de près de vingt ans avec le géant américain Cargill. La séparation avec Cargill constituait un tournant majeur pour Telcar Cacao. Le groupe américain détenait 49 % du capital de l’entreprise et représentait surtout son principal débouché international.

La fin de cette alliance avait donc posé un défi de taille à Kate Fotso : parvenir à reconstituer rapidement un réseau commercial capable d’absorber les importants volumes de cacao autrefois écoulés grâce à Cargill. Les résultats de la campagne 2025/26 montrent que l’entreprise a largement amorcé cette reconquête. Avec plus de 40 000 tonnes exportées, Telcar retrouve sa position de leader. Mais le chemin vers ses niveaux historiques reste encore long.
Lors de la campagne 2016/17, l’entreprise avait en effet atteint un sommet avec environ 74 000 tonnes exportées, soit près du double de son volume actuel. Telcar n’a, par ailleurs, pas communiqué publiquement l’identité de ses nouveaux partenaires ou acheteurs internationaux ayant pris le relais de Cargill. Ce redressement intervient dans un environnement international particulièrement mouvementé. Après avoir franchi la barre des 10 000 dollars la tonne à la fin de l’année 2024, les cours mondiaux du cacao ont connu une importante correction.
Le reflux des prix s’explique notamment par l’amélioration progressive des perspectives d’offre, conjuguée à une demande mondiale moins dynamique. Dans ce contexte, la performance de Telcar témoigne moins d’un simple effet de marché que de la capacité de l’entreprise à reconstruire ses circuits commerciaux après la rupture avec son partenaire historique. L’offensive de Telcar dans le cacao ne constitue toutefois qu’un volet de la stratégie développée par Kate Fotso. La femme d’affaires semble désormais vouloir réduire sa dépendance à l’activité agricole en investissant dans des secteurs à fort potentiel.
En avril, elle a ainsi engagé 17 milliards de francs CFA, soit environ 28,3 millions de dollars, dans la construction d’une unité de production de boissons à Souza, dans la région du Littoral. Il s’agit de l’un de ses investissements les plus importants en dehors du secteur agricole. Avec ce projet industriel, Kate Fotso s’attaque directement à un marché dominé depuis plusieurs décennies par les Brasseries du Cameroun, filiale du groupe Castel.
Son expansion dépasse également le secteur des boissons. La femme d’affaires a créé à Douala Bridge Riviera Development and Hospitalities, renforçant ainsi sa présence dans l’immobilier et l’hospitalité. Elle détient également une participation dans Ecobank Cameroun. À cette présence croissante dans différents secteurs économiques s’ajoute son implication dans la gouvernance portuaire. Nommée par le président de la République Paul Biya pour représenter les exportateurs au conseil d’administration du Port autonome de Kribi, Kate Fotso bénéficie désormais d’une visibilité accrue dans les milieux économiques et institutionnels.
Le parcours récent de Telcar Cacao révèle ainsi une double dynamique. D’un côté, l’entreprise est parvenue à reprendre la première place des exportateurs camerounais de cacao après une année particulièrement difficile. De l’autre, sa propriétaire poursuit une stratégie de diversification qui pourrait progressivement transformer son groupe en un conglomérat présent dans plusieurs secteurs.
Le retour au sommet du cacao apparaît donc comme bien plus qu’une simple remontée dans un classement. Il constitue le symbole d’une capacité de résilience après la rupture avec Cargill, mais aussi le point de départ d’une nouvelle phase d’expansion. De l’agriculture à l’industrie des boissons, en passant par l’immobilier, la finance et les infrastructures portuaires, Kate Fotso semble désormais jouer sur plusieurs tableaux. Une stratégie offensive qui pourrait redessiner le profil de son empire économique dans les prochaines années.








